Lors de sa vingt-huitième session en octobre 1995, la conférence de la FAO a demandé la convocation, à Rome en novembre 1996, d'un sommet mondial de l'alimentation au niveau des Chefs d'Etat ou de Gouvernement. Le sommet a ultérieurement reçu le soutien de l'Assemblée générale des Nations Unies. Le Sommet vise à renouveler l'engagement des dirigeants mondiaux au lus haut niveau de supprimer la faim et la malnutrition et d'assurer la sécurité alimentaire pour tous.
Lors de la Conférence mondiale de l'alimentation de 1974, les gouvernements ont examiné le problème de la production et de la consommation alimentaires à l'échelle planétaire et ont proclamé solennellement que "chaque homme, femme et enfant a le droit inaliénable d'être libéré de la faim et de la malnutrition afin de développer pleinement ses facultés physiques et mentales". Or, 20 ans plus tard, l'objectif que s'était fixé la Conférence, à savoir l'élimination "en une décennie" de la faim, de l'insécurité alimentaire et de la malnutrition n'a pas été atteint. Depuis la tenue de la Conférence mondiale de l'alimentation, plusieurs grandes conférences ont traité certains aspects de la sécurité alimentaire dans le cadre de leurs ordres du jour respectifs, mais les principaux responsables mondiaux n'ont pas eu l'occasion d'évaluer la sécurité alimentaire mondiale et de concentrer leur attention sur la satisfaction du plus fondamental des besoins de l'homme: la nourriture.
Quelque 800 millions de personnes souffrent de sous-alimentation chronique dans les pays en développement, et près de 199 millions d'enfants de moins de cinq ans souffrent de carences protéino-énergétiques. A l'heure actuelle, les nations classées dans la catégorie des pays à faible revenu et à déficit vivrier sont au nombre de 88, dont 42 en Afrique subsaharienne, 19 en Asie et dans le Pacifique, 9 en Amérique latine et dans les Caraïbes, 6 au Proche Orient/Afrique du Nord et 12 en Europe et dans la Communauté des Etats indépendants. Parallèlement, l'ensemble de l'aide bilatérale et multilatérale accordée à l'agriculture des pays en développement est en régression: entre 1982 et 1992, les montants versés à ce titre sont en effet tombés de 10 milliards à 7,2 milliards de dollars E.-U. (en dollars constants 1985). Au cours de la même période, la part de l'agriculture dans l'aide totale au développement est aussi tombée de 24 à 16 pour cent. Qui plus est, les ressources halieutiques sont surexploitées, les forêts sont détruites et la superficie arabe disponible par habitant est actuellement de 0,25 hectare.
D'après les estimations les plus récentes, la population mondiale passera de 5,7 milliards à 8,7 milliards de personnes d'ici l'an 2030. A mesure que la population augmente, la disponibilité de terres arables par habitant diminue, d'où la nécessité d'intensifier encore la production agricole et d'exploiter par conséquent toujours davantage des ressources naturelles qui sont loin d'être inépuisables. Si rien n'est fait pour inverser cette tendance, le nombre de personnes souffrant de sous-alimentation chronique pourrait ne pas diminuer en-deçà de 730 millions d'ici l'an 2010, dont plus de 300 millions en Afrique subsaharienne.
A plusieurs reprises depuis quelques années, des instances internationales ont exprimé une vive inquiétude devant cette situation alarmante. En particulier, à la vingt-septième session de la Conférence de la FAO, qui s'est tenue au niveau ministériel en novembre 1993, les Etats Membres ont exprimé leur "vive préoccupation" face à la situation actuelle et les perspectives pour l'avenir proche. Ils ont souligné que "les grands problèmes d'alimentation, de nutrition et de durabilité à l'échelle mondiale appelaient des mesures immédiates aux niveaux national et international pour s'attaquer aux racines les plus profondes de l'insécurité alimentaire persistante, à savoir les échecs du développement général et plus particulièrement du développement agricole et rural".
Le Directeur général de la FAO a consulté en 1994 un grand nombre de Chef d'Etat et de Gouvernement, ainsi que des délégations de toutes les régions, au sujet de ces problèmes et a pu constater que, de l'avis général, la convocation dans les plus brefs délais d'un Sommet mondial de l'alimentation apparaissait justifiée, afin de renouveler l'engagement d'assurer la sécurité alimentaire pour tous et de décider de politiques et de stratégies efficaces pour s'attaquer aux racines profondes de la faim et de la malnutrition pendant les années 90 et au-delà de l'an 200. Ce problème a été suffisamment grave et complexe pour être traité, pour la première fois depuis la création de la FAO il y a cinquante ans, par les plus hauts dirigeants des Etats Membres, qui ont l'autorité, la capacité et la sagesse nécessaires pour proposer les moyens de relever ce terrible défi.
La participation personnelle des Chefs d'Etat et de Gouvernement à ce Sommet mobilisera tous les départements nécessaires pour donner une vision globale des multiples dimensions de la question alimentaire, à savoir non seulement les Ministres de l'agriculture (qui se réunissent régulièrement tous les deux ans pour la Conférence de la FAO) et les départements techniques apparentés 'pêches, forêts, environnement, ressources hydriques, développement rural), mais aussi les Ministères des affaires étrangères, du commerce, de l'économie et de la coopération pour le développement, de même que d'autres autorités publiques, notamment fédérales, régionales, provinciales et municipales.
La large publicité dont bénéficie normalement un sommet de ce genre contribuera aussi à sensibiliser les responsables politiques et dirigeants des secteurs public et privé, ainsi que les médias et le grand public.
Le Sommet a pour objectif de fournir un forum au plus haut niveau politique pour débattre de la nécessité d'une mobilisation et d'une action au niveau global pour résoudre le problème le plus fondamental de l'humanité, à savoir l'insécurité alimentaire. Il devrait déboucher sur l'adoption de politiques et de stratégies internationales et nationales appropriées ainsi que d'un plan d'action à mettre en uvre par toutes les parties concernées: gouvernements, institutions internationales et tous les secteurs de la société civile.
S'agissant d'un forum mondial, ce Sommet traitera tous les aspects de la sécurité alimentaire dans une perspective planétaire et s'attaquera aux causes fondamentales de la faim et de la malnutrition dans le monde entier, tout en intégrant les dimensions régionales des problèmes et de leurs solutions.
FAO