Terre et Vie , 26, Décembre 1996

 

 

L'Iodation généralisée du sel: la clef du succès réside dans le contrôle de qualité et la surveillance (117)


Dans un rapport tiré d'une étude sur sept pays d'Afrique, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) confirme que les avantages de l'iodation du sel l'emportent largement sur ses effets indésirables éventuels. Selon l'OMS, il y avait en 1993 quelque 1,5 milliard de personnes dans le monde exposées au risque de troubles dus à une carence en iode, carence qui pose un sérieux problème de santé publique dans 118 pays.

Six cent cinquante-cinq millions de personnes dans le monde souffrent d'un goitre dû à une carence en iode, et l'ont estime qu'il y en a plus de 20 millions qui souffrent d'un handicap mental du fait d'une nourriture et d'une eau de boisson insuffisamment iodée. Une proportion importante des personnes gravement carencées est constituée de femmes en âge de procréer, dont les enfants courent un risque important d'arriération mentale irréversible faute d'un apport suffisant en iode.

Les poissons de mer et autres produits d'origine marine, de même que les algues, sont des aliments riches en iode qui conviennent parfaitement à l'alimentation humaine. On trouve également cet oligo-élément dans les légumes cultivés sur des sols qui en contiennent, ainsi que dans les produits laitiers, les ufs, et la viande, blanche ou rouge, d'animaux dont la nourriture est suffisamment iodée. Nombreuses sont les populations du monde qui n'ont qu'un accès limité à ces produits à teneur suffisante en iode.

L'iodation généralisée (c'est-à-dire l'enrichissement en iode de tout le sel destiné à la consommation humaine et animale) a été considérée comme une mesure de santé publique économique à l'occasion de nombreuses conférences internationales auxquelles ont participé des chefs d'Etat, des hauts fonctionnaires et des représentants d'organisations internationales intergouvernementales et non gouvernementales. Grâce à ces prises de position, la majorité de la population des pays développés et des pays en développement dispose aujourd'hui de sel iodé.

Lorsqu'il est consommé en grandes quantités, l'iode est presque totalement excrété par la voie urinaire, aussi l'apport d'iode est-il sans danger, même lorsqu'il dépasse largement les besoins de l'organisme (quelques milligrammes). Il peut y avoir certains effets indésirables, mais ils sont rares. L'un d'entre eux consiste dans l'accroissement de l'incidence de d'hyperthyroïdie (1). On dispose de rapports bien documentés faisant état de situations où une hyperthyroïdie par excès d'iode s'est rapidement manifestée chez des populations jusqu'alors gravement carencées. On a également observé que l'administration d'iode en pareil cas, même en quantités normales, pouvait provoquer une hyperthyroïdie chez les gens âgés porteurs d'un goitre nodulaire, et parfois aussi chez d'autres sujets sans affection apparente de la thyroïde. Toutefois, il s'agit là de phénomènes passagers parfaitement curables et qui disparaissent après correction de la carence en iode; on ne les constate pas chez les populations dont l'apport en iode est suffisant.

En 1995, on a signalé des cas d'hyperthyroïdie au Zaïre et au Zimbabwe à la suite de l'introduction rapide du sel iodé. Afin de déterminer si ces observations étaient en rapport avec une iodation excessive du sel, l'OMS, l'UNICEF et l'ICCIDD (Conseil International pour la Lutte contre les Troubles dus à une Carence en Iode) ont entrepris une étude dans sept pays d'Afrique (Cameroun, Kenya, Nigéria, République-Unie de Tanzanie, ZaÏre, Zambie et Zimbabwe). Il s'agit de pays qui avaient connu un sérieux problème de santé publique dû à la carence en iode et où l'iodation généralisée du sel était pratiquée depuis peu.

L'étude a montré de manière concluante que, partout où l'on consommait régulièrement du sel iodé, l'apport d'iode se situait au-dessus de la valeur minimale requise. Par ailleurs, on constatait une réduction systématique de la prévalence du goitre chez les enfants. Par exemple, au Zimbabwe, elle était tombée de 38,3% en 1988 à 9,1% en 1995. Toutefois, dans certaines régions de quatre des sept pays étudiés, la consommation d'iode était passée en très peu de temps de pratiquement zéro à deux, voire quatre fois la valeur maximale recommandée par l'OMS. Si l'on excepte le Zaïre et le Zimbabwe, on n'a pas obtenu de preuves manifestes de l'existence d'une hyperthyroïdie dans ces pays.

Cette consommation excessive d'iode était due à un enrichissement inutilement élevé du sel en iode s'expliquant par de faibles pertes et une consommation plus élevée que prévu, à quoi s'ajoutait la présence d'un excès d'iode dans certains lots de sel (origine probable du problème constaté au Zaïre et au Zimbabwe). Les scientifiques se sont prononcés pour une meilleure surveillance et un meilleur contrôle de qualité de la production à la consommation.

La conclusion de cet étude, c'est que l'on peut réduire en toute sécurité l'iodation du sel dans certains pays sans en diminuer l'efficacité, ce qui permet du même coup d'économiser d'iodate de potassium. Au vu de ces résultats, le rapport demande aux gouvernements de collaborer étroitement avec les producteurs de sel pour améliorer encore la qualité du sel iodé à la source, en évitant les trop grandes variations dans la teneur en iode que l'on a observées dans certains des pays étudiés. Le respect de bonnes pratiques de fabrication, notamment en ce qui convenable en iode, en particulier dans les régions tropicales où la chaleur et l'humidité sont les deux facteurs qui nuisent le plus à la conservation.

 

OMS

 

(1) On désigne sous le nom d'hyperthyroïdie un accroissement anormal des sécrétions de la glande thyroïde. Les symptômes en sont une tachycardie, de la nervosité, de la faiblesse, une intolérance à la chaleur et une perte de poids.