Terre et Vie , 33, Novembre 1998

 

Fond International pour le Développement Agricole (151)

 

L'année 1998 coïncide avec le vingtième anniversaire du Fonds International de Développement Agricole (FIDA). Il a été décidé de célébrer cet Avènement au courant de cette année. Cette institution contribue au financement de projets de développement au service des populations à faible revenu. Aussi, cet organisme a-t-il participé dans le financement de projets de développement rural au Maroc depuis le début des années 80.

I . QUELQUES REFLEXIONS SUR LA PAUVRETE, SES CAUSES ET SES MANIFESTATIONS

Le monde compte actuellement plus d'un milliard d'humains en État de pauvreté absolue qui vivent dans la misère sans pouvoir manger à leur faim. La majorité vit en régions rurales et dont les trois-cinquièmes sont des femmes. Ils sont en permanence en proie à la faim qui dégénère en famine lorsque surviennent des calamites telles que la sécheresse.

Aussi, à la fin du siècle, le nombre de personnes qui ne mangent pas à leur faim en Afrique aura t-il augmenté de 25 millions de personnes. En Amèrique Latine et aux Caraïbes, 300 millions de personnes se trouveront toujours dans un État de " détresse physiologique ".

Les causes qui déterminent les situations de pauvreté sont multiples; dont les principales sont: les calamites naturelles (sécheresses successives, inondations, dévastations d'insectes, tremblements de terre...), la croissance démographique rapide, la médiocrité des ressources de base et revenus bas, la dégradation de l'environnement, les conflits ethniques, les guerres civiles, l'endettement rural...etc

La migration et l'exode rural sont parmi les manifestations les plus fréquentes du phénomène de la pauvreté.

Au Maroc, les données des enquêtes de 1990/91 réalisées par la Direction des Statistiques sur les niveaux de vie des ménages montrent que le nombre des pauvres, estimé à 4,6 millions en 1985 est passe à prés de 3,4 millions en 1991 pour une population estimée à 20 millions d'habitants.

En 1991, le taux de pauvreté de la population rurale était deux fois plus important que celui constaté pour la population urbaine, soit respectivement 26,7 % contre 13,8 %.

II. DEVELOPPEMENT AGRICOLE ET LUTTE CONTRE LA PAUVRETE AU MAROC

Pour lutter contre la pauvreté notamment en milieu rural, le Maroc a adopté, depuis plusieurs années, une politique agricole intègre. La stratégie du Département en matière du développement agricole s'articule autour des quatre orientations suivantes:

la contribution à la garantie de la sécurité alimentaire.

une meilleure intégration de l'agriculture dans l'environnement Économique national et international.

la protection et la conservation des ressources naturelles.

l'amélioration des revenus des agriculteurs.

En matière de la mobilisation des ressources en eau et depuis que Sa Majesté le Roi a fixé l'objectif du million d'hectares irrigués de façon pérenne, le Maroc a entrepris dans le cadre d'une politique hydraulique harmonieuse un programme précis et techniquement bien étudié d'aménagement hydro-agricole.

Actuellement, la superficie totale aménagée par l'Etat a atteint 944.600 hectares, auxquels s'ajoutent 71.450 hectares en cours de réalisation, soit le million d'hectares irrigués vers la fin de l'année 1998.

Cet ensemble irrigué bien qu'il ne concerne que 10 % de la superficie agricole utile, contribue à environ 45 % de la valeur ajoutée agricole et 50 % de l'emploi direct dans le secteur.

Par ailleurs, la mise en valeur agricole dans les périmètres irrigués a connu des progrès notoires contribuant ainsi significativement à la contribution dans la sécurité alimentaire du pays et à l'amélioration des revenus des agriculteurs, qui ont été multipliés par 4 à 8 en termes réels et selon les périmètres.

De plus les aménagements hydro-agricoles, conçus dans une vision de développement rural intégré ont contribué à la mise en place d'une importante infrastructure socio-économique permettant aux populations rurales l'accès à la route, à l'eau potable et à l'électrification. Ils ont également contribué au développement de l'activité Économique à l'amont et à l'aval du secteur et en particulier l'agro-industrie qu'ils approvisionnent.

Parallèlement, il a été procédé, depuis la fin des années 70 et le début des années 80, à la mise en oeuvre de plusieurs projets de développement rural intégrés en zones bour, à savoir: Projet El Hajeb, Projet Fès-Karia Tissa, Projet Oulmès Roummani, Projet Loukkos, Projet Moyen Atlas Central, Projet Settat, Projet Abda, Projet de Développement Pastoral et de l'Elevage dans l'Oriental, Projet Tafilalet-Dadès, Projet Taourirt-Tafoughalt et Projet de gestion des ressources naturelles dans la Province de Taza.

En matière des ressources forestières, plusieurs projets ont également été mis en uvre visant la recherche d'une adhésion des populations à la gestion participative de ces ressources. Ces projets sont: projet forestier phases I et II, projet Oued Srou, aménagement des bassins versants, plan national des reboisements, projet GEFRIF, gestion durable des ressources naturelles et des aires protégés.

Par ailleurs, la promulgation de la loi 33-94 relative aux périmètres de mise en valeur en bour (PMVB) est considérée comme un cadre de développement harmonieux du milieu rural à travers la participation des bénéficiaires à tous les stades des projets depuis leur conception jusqu'à l'exécution. Cette nouvelle approche tient compte des dimensions économiques, écologiques et sociales par l'intégration de toutes les composantes visant l'amélioration des revenus et des conditions de vie des populations. Plusieurs projets ont déjà vu le jour et concernent tous les écosystèmes. En outre, une banque de projets a été constituée et chaque année, en moyenne 5 à 6 projets seront lancés avec un montant de 25 à 30 millions dhs pour une durée maximale de 2 ans.

III . CONTRIBUTION DU FIDA AU FINANCEMENT DES PROJETS DE DEVELOPPEMENT RURAL AU MAROC

III . 1. CREATION DU FIDA ET SES OBJECTIFS

La naissance du concept du FIDA a été concrétisée suite à la conférence mondiale de l'alimentation, tenue à Rome du 6 au 16 novembre 1974. Lors de cette manifestation, la proposition de créer une institution pour combattre la faim et la pauvreté avait été adoptée par la majorité des pays. Trois ans plus tard, en 1977, le Fonds a été crée gr,ce aux contributions de l'OCDE, de l'OPEP et beaucoup d'autres pays industrialisés et en voie de développement. Actuellement, le FIDA compte 161 Etats membres, dont le Maroc.

L'objectif assigné au Fonds est l'augmentation de la production vivrière, l'amélioration de la nutrition et la lutte contre la misère en élaborant et finançant au profit des groupes cibles, des projets qui accroissent les revenus. Le Fonds a commencé ses opérations de financement en janvier 1978 et célèbre au cours de cette année son vingtième anniversaire.

III . 2 . MANDATS DU FIDA

Faisant figure d'exception parmi les institutions financières internationales et les organismes spécialisés des Nations Unies, le FIDA a un mandat unique " combattre la faim et la pauvreté rurale dans les régions à faible revenu et à déficit vivrier partout dans le monde ".

L'approche du FIDA dans l'immensité des difficultés et de complexités, que connaît le monde, est de déterminer les groupes cibles qui constituent autant de priorités: les travailleurs sans terre, les petits paysans, les artisans pêcheurs, les éleveurs, les nomades et les femmes rurales.

Le mandat du FIDA est spécifique et faisant bénéficier un groupe cible précis: les pauvres dans le monde rural;

La tâche du Fonds est de faire en sorte que les pauvres ruraux puissent accéder aux ressources dont ils ont besoin pour améliorer leurs conditions de vie;

Les populations pauvres sont considères comme des clients et des partenaires du FIDA pour que ensemble ils puissent vaincre la pauvreté. Ils participent totalement à l'élaboration et à l'exécution des projets.

III . 3 . CONTRIBUTION DU FIDA DANS LE FINANCEMENT DES PROJETS DE DEVELOPPEMENT AGRICOLE

III.3.1: Financement des projets dans le monde

De 1978 à 1997, le FIDA a financé, sous forme de prêts, 489 projets au profit de 111 pays pour un montant d'environ 5,6 milliards de dollars et a accordé 940 dons pour l'assistance technique pour un montant de 300 millions de dollars, soit un fonds mobilisé de 5,9 milliards de dollars. La répartition des prêts accordés par continent se présente comme suit:

III.3.2. Financement des projets au Maroc

Le Maroc a bénéficié, durant la période 1979 jusqu'à 1997, d'un financement pour la réalisation de 6 projets de développement intégrés. Ces projets visent l'augmentation de la productivité agricole et pastorale et l'amélioration des conditions de vie des régions pauvres. Les projets en question sont les suivants:

projet de crédit agricole ayant pour objectif d'accorder des crédits aux petits agriculteurs par le biais des CLCA (CNCA),

projet d'irrigation du Haouz central (PIHC),

projet de développement rural d'Abda (PDRA),

projet de développement pastoral et de l'Èlevage dans l'Oriental (PDPEO),

projet de développement rural dans le Tafilalet et la vallée du Dadès (PDRTD), et

projet de développement rural de Taourirt-Tafoughalt (PDRTT).

a. Données socio-économiques

Le tableau ci-après illustre les données socio-économiques par projet financé par le FIDA.

b. Données sur le financement

Le montant total mobilisé pour la réalisation de ces projets s'élève à 1.010,68 millions USD, dont la contribution du FIDA dans le financement est de 105,50 millions USD; soit 10 % environ du montant total mobilisé. Le reste des crédits est supporté par le budget général de l'Etat et la contribution d'autres bailleurs de fonds tels que la BAD, le FAD, le FADES, la BID, l'OPEP.......

c. Impacts

En matière de développement végétale: les projets ont favorisé la diversification des spéculations végétales par l'introduction de nouvelles cultures à rentabilité élevée, telles que les plantations fruitières, les cultures fourragères et maraîchères et par l'amélioration des techniques et des facteurs de production.

Dans le domaine organisationnel: les projets ont suscité la création des coopératives pastorales et des Associations des Usagers des Eaux Agricoles qui sont considérées comme des partenaires pleinement impliqués dans l'exécution des projets.

En matière de mise en valeur pastorale: les techniques d'amélioration pastorale ont permis l'augmentation de la production pastorale additionnelle qui est passée de 500 à 800 kg de MS/ha pour les mises en repos avec une régénération des espèces pastorales palatables et la création de réserves fourragères sur pieds mobilisables pendant les périodes de sécheresse. Aussi, sur le plan écologique, il a été constaté, à travers l'évaluation des projets réalisés ou en cours, une diminution des processus d'érosion par l'augmentation du taux de couverture végétale qui atteint plus de 60% dans les sites améliorés et une réapparition de la faune sauvage.

En matière de production animale: il a été constaté une diminution du taux de mortalité chez les petits ruminants particulièrement les ovins qui est passe de 6% à 3%, une amélioration de la productivité de viande ovine qui est passée de 13 kg à 16 kg poids vif par brebis suitée et l'amélioration des poids moyens des animaux.

Sur le plan Économique: les projets ont permis aux bénéficiaires l'allégement du co°t de production, la diminution du co°t d'approvisionnement en eau par la réduction de la distance moyenne séparant deux points d'eau qui est passée de 30 km à 17 km dans la région de l'Oriental, l'octroi de crédit aux petits agriculteurs et l'amélioration des revenus agricoles annuels des ménages; notamment des femmes rurales.

Sur le plan social: les projets ont contribué au renforcement des services de la santé publique, de l'AEP et d'autres structures socio-économiques.

IV . CONCLUSION

Le FIDA est une institution financière qui a acquis durant les 20 ans une expérience de terrain dans le monde entier visant notamment la lutte contre la pauvreté et les difficultés inhérentes à cette tâche.

En effet, le Fonds a été conçu afin de réaffirmer l'engagement mondial de contribuer à la naissance d'un monde d'o la faim aurait diminué. Sa mission consiste à aider les groupes structurellement défavorisés à développer pleinement leur potentiel et à accéder à de meilleures conditions de vie.

Cette mission repose sur une approche de participation des pauvres en milieu rural à leur propre développement; par l'identification de nouvelles méthodes pour cibler les ressources dans le cadre du changement et de l'ajustement Économique et la réduction de la dégradation de l'environnement permettant d'améliorer le sort de la génération actuelle et celui des générations futures.

Le fonds est parvenu à la conclusion que l'approche fondée sur la participation des bénéficiaires à tous les stades depuis la formulation jusqu'à l'exécution des projets, est un préalable essentiel au développement continu et durable.