Terre et Vie No 9, Août 1994
Office Régional de Mise en Valeur Agricole de Ouarzazate (19)
Connue pour son agriculture saharienne, caractérisée par la diversité et la spécificité des productions agricoles et la sévérité des conditions de mise en valeur des ressources naturelles, la région de Ouarzazate a pu profiter des services de l'ORMVA qui n'a ménagé aucun effort, depuis sa création, pour adapter la politique agricole nationale et les innovations technologiques au contexte socio-économique de la région ainsi qu'aux aspirations des agriculteurs.
1/ CREATION ET MISSIONS DE L'OFFICE REGIONAL DE MISE EN VALEUR AGRICOLE DE OUARZAZATE
L'office régional de Mise en valeur Agricole de Ouarzazate a été créé par décret Royal n° 829-66 du 22 Octobre 1966 tel qu'il a été modifié par Dahir portant loi n° 1-74-388 du 2 Septembre 1975, en tant qu'organisme public doté de la personnalité morale et de l'autonomie financière placé sous la tutelle du Ministère de l'Agriculture et de la Mie en nature Agricole.
La réalisation des études et les équipements hydro-agricoles, la gestion des ressources en eau à usage agricole, le soutien à la production agricole, la vulgarisation et la formation professionnelle des agriculteurs sont, entre autres, autant de missions dont l'office s'est vu investi pour le développement de l'agriculture dans sa zone d'action.
2/ PRESENTATION DE LA ZÔNE D'ACTION DE L'ORMVA
S'étendant sur une superficie totale de 55.000 Km2 la zone d'action de l'ORMVAO englobe le territoire de la province de Ouarzazate et ceux des cercles de Taliouine et Fom Zguid relevant respectivement de la province de Taroudant et de la province de Tata.
Elle est située dans le domaine présaharien qui s'étend depuis les sommets du haut Atlas jusqu'aux vastes plateaux sahariens. Les oasis et les vallées qui les traversent constituent les seules ressources en terrains agricoles avec environ 75.000 ha de SAU, soit à peu près 1,36 % de la superficie totale. Le climat de la région est de type continental a aridité accentuée, caractérisé par des amplitudes thermiques prononcées et des précipitations extrêmement variables dans le temps et dans l'espace se traduisant tantôt par des sécheresses prolongées tantôt par de violentes crues des oueds.
La pluviométrie moyenne annuelle est de 120 mm. Elle varie de 300 mm au nord sur les chaînes de l'Atlas à 50 mm à M'hamid dans le bas Draâ.
Les ressources en eau, rares et irrégulières, sont constituées par la réserve de la retenue du barrage Mansour Eddahbi, les résurgences et les nappes phréatisques. Les apports annuels moyens au niveau du barrage Mansour Eddahbi sont estimés à 394 Mm3 pour un volume régularisable de 250 Mm3. Sur le plan démographique, la population de la zone compte actuellement 780.000 habitants, concentrés au niveau des agglomérations urbaines et le long des ceintures des terrains agricoles formées autour des cours d'eau. son taux d'accroissement annuel moyen est de 2 %.
La micropropriété et le morcellement excessif, conséquence d'une forte densité démographique agricole, caractérisent les exploitations agricoles de la région. La taille moyenne de celles-ci est de 0,9 ha composé de 9 parcelles.
C'est dans ces conditions et ce contexte physique et humain, que l'ORMVA de Ouarzazate allie le défit à la persévérance afin d'assurer le développement d'une agriculture compétitive dans cette contrée du Maroc. Ainsi d'importants travaux d'équipement et d'aménagement des périmètres ont été entrepris et ont vu le jour parallèlement aux efforts d'encadrement des agriculteurs et de préservation de l'environnement.
3/ Interventions et réalisation de l'ormvao
sur le plan hydraulique, un important dispositif d'irrigation a été mis en place dans la zone pour répondre à un double objectif : régulariser l'irrigation et protéger les communautés du Draâ moyen contre les crues. Il s'agit du barrage Mansour Eddahbi, mis en eau en 1972, d'une retenue de 560Mm3 régularisant 250Mm3.
La valorisation de cet équipement a nécessité l'édification dans la vallée du Draâ d'une infrastructure constituée de cinq barrages de dérivation sur l'oued Draâ et de 400 Kms de canaux modernes. Ce réseau se juxtapose au réseau traditionnel déjà existant, compte tenu de la complexité du système de distribution des eaux. Ces équipements permettent l'irrigation de Draâ moyen sur une superficie de 26.000 ha.
Parallèlement à ces équipements hydrauliques, l'ORMVAO intervient dans les périmètres de petite et moyenne hydraulique éparpillés dans la zone et qui comptent environ 40.000 ha. Les interventions entreprises à ce niveau portent essentiellement sur l'aménagement de barrages d'épandage d'eau de crues ainsi que le revêtement de Séguia, l'aménagement des stations de pompage, de Khettaras et des sources d'eau. Par ailleurs, une importance capitale a été accordée aussi bien par les responsables locaux que par les bailleurs de fonds aux projets ayant trait à la protection du milieu et à la préservation de l'environnement dans la région ; il s'agit en particulier de la protection des terrains de cultures contre les crues et la lutte contre la désertification.
4/ systèmes de production et leurs niveaux d'intensification
Entre autres particularités du secteur agricole de la région, la diversité et la spécificité des productions agricoles aussi bien végétales (safran, roses à parfum, henné, palmier) qu'animales (la prolificité de la race ovine d'man) sont des traits marquants de l'agriculture oasienne de la région.
L'impact de l'équipement des périmètres, de l'encadrement technique et de la promotion de nouvelles cultures n'a pas tardé à prendre de l'ampleur. Les résultats se manifestent à travers l'intensification des cultures et la compétitivité des systèmes de production.
Les agriculteurs de la région pratiquent en général un système de production mixte à vocation d'arboriculture et d'élevage. La mise en culture des terrains plantés des palmiers dattiers est associée à un élevage sédentaire dominé par la race D'man au niveau des oasis. En haute montagne, cet élevage devient extensif et transhumant et joue un rôle très important en raison de l'abondance des terrains de parcours, alors que les terres cultivées sont très limitées et exploitées en priorité pour l'arboriculture fruitière.
En manière d'intensification des productions agricoles, et outre l'amélioration des conditions d'irrigations, la généralisation de l'utilisation du matériel génétique amélioré de fertilisants appropriés et de matériel agricole adapté demeure le souci majeur des services de mise en valeur, tout en réfléchissant leur rationalisation et leur mise à la disposition des agriculteurs.
En effet, et bien que l'utilisation de matériels génétiques améliorés soit encore timide dans la zone, leur rythme d'introduction ces dernières années a enregistré une augmentation sensible témoignant des efforts consentis à l'amélioration des conditions d'irrigation et à la vulgarisation.
La phoéniciculture bénéficie également d'un programme de plantation en vitroplants indemnes de bayoud et aux dattes de bonne qualité en vue de reconstituer les palmeraies dans le Cadre du Plan National de Développement du Palmier dattier. Cette opération en est à sa cinquième année et a touché environ 31 ha.
Dans le domaine d'amélioration génétique du cheptel, les efforts entrepris au cours de la dernière décennie au niveau de la station des bovins TIDILI, des ovins D'man et celle des caprins Draâ commencent à être couronnés par la distribution de géniteurs performants soit à travers l'association des éleveurs D'man ou directement par l'ORMVA dans le cadre des programmes de promotion de la vulgarisation féminine.
Parallèlement au progrès enregistré dans l'usage du matériel génétique, d'utilisation d'autres facteurs d'intensification a également connu une amélioration à la fois quantitative et qualitative aussi bien dans le domaine des productions végétales que dans le domaine des productions animales.
5/ PRODUCTIONS VEGETALES
a. Céréales
Les cultures céréalières couvrent actuellement 45.000 ha en irrigué et 7.000 ha en bour, soit 60 % de la superficie cultivée. Cette sole a connu une évolution marquée par l'extension du blé tendre qui a vu sa part passer de 15 % en 1970 à 39 % actuellement au détriment de celle de l'orge (39 % à 20 %).
La superficie céréalière s'est étendue de 20.700 ha à 52.835 ha entre 1971-75 et 1986-92, au moment où les rendements moyens ont évolué de 7,6 qx/ha à 19,8 qx/ha et la production de 160.000 qx à plus de un million de qx actuellement. Cependant, ce niveau de production ne couvre qu'environ 70 % des besoins de la zone.
b. Cultures fourragères
Elles sont constituées principalement de la luzerne qui occupe près de 10.000 ha, soit environ 15 % de la superficie cultivée, et produit 360.000 T de matière verte (l'équivalent de 45 millions d'unités fourragères). Le rendement moyen a connu une nette amélioration passant de 32 tmv/ha au début des années 80 à 42 tmv/ha actuellement.
c. Maraîchage
Les cultures potagères occupent actuellement 3.000 ha, soit moins de 5 % de la superficie cultivée, constituées essentiellement de la pomme de terre (20 %) et d'une gamme d'autres espèces adaptées à la zone (carottes, navets et cucurbitacées).
Ces superficies produisent environ 60.000 T destinées essentiellement à l'autoconsommation, exception faite pour la production de pomme de terre dont environ 80 % est commercialisé hors zone.
d. Arboriculture
Venant en seconde place après les céréales, l'arboriculture fruitière constitue, en plus de la phoéniciculture, une spéculation importante dans la région de Ouarzazate à la fois en tant que facteur favorisant le développement d'autres cultures bases et en tant que source de revenus additionnels pour les producteurs.
Il existe, en effet, une grande diversité d'arbres fruitiers des oasis et dans les vallées aussi bien des plaines que de montagne. Les espèces les plus représentées sont l'amandier, le pommier, l'olivier, l'abricotier, le figuier et à une moindre mesure le noyer avec un effectif total de 1.960.000 pieds.
En plus de la substitution des clones locaux par des variétés sélectionnées, la région connaît une expansion des vergers notamment ceux du pommier sélectionné dont les résultats sont très apparents depuis l'introduction de cette espèce au début de la décennie 80. Les productions, consignées dans le tableau ci-dessous, restent tributaires des aléas climatiques, notamment les gelées printanières, et des conditions d'irrigation.
e. cultures spéciales
Certaines cultures pratiquées dans la zone en l'occurrence le safran, le Henné et les roses à parfum confèrent à la région de Ouarzazate une renommée particulière.
e.1 Safran : Plante bulbeuse de la famille des Iridacées, le safran (Crocus Sativus L.) a une fleur de couleur violette comprenant 6 pétales, 3 étamines et 3 stigmates. Ce sont ces derniers d'une couleur rouge et odorante qui constituent le safran. La récolte qui consiste à cueillir les fleurs très tôt le matin a lieu durant les mois d'octobre et novembre. Le safran est connu pour son usage culinaire, médicinal et cosmétique.
La superficie des safranières est de l'ordre de 490 ha, produisant 30 qx en année moyenne.
e.2 Henné : Les feuilles de henné, arbuste d'environ un mètre de hauteur, sont utilisées essentiellement à des fins cosmétiques pour colorer les mains, les pieds et les cheveux et à des fins médicinales pour le traitement des plaies et de la peau.
Le henné occupe 1.200 ha et produit environ 48.600 qx.
e.3 Roses à parfum : Le rosier est planté en intercalaire ou sous forme de haies autour des parcelles sur une longueur de 4.200 kmL dans la vallée du Dadès.
La période de cueillette dure 20 à 25 jours au mois d'avril et mai.
La production des roses est très liée aux conditions climatiques notamment les gelées printanières. Elle est actuellement de l'ordre de 41.500 qx. Une partie reste de la production est séché pour être exporté ou vendu localement.
6/ PRODUCTION ANIMALES
L'élevage constitue l'une des principales activités agricoles contribuant à l'autosuffisance alimentaire et à l'amélioration des revenus d'une manière considérable.
La région a depuis toujours constitué un lieu de tradition d'élevage comme elle constitue le berceau de certaines races ovines (Saghro et D'man), caprines (Drâa) et bovines (Tidili).
Les effectifs d'espèces actuellement élevées dans la zone sont :
Deux types d'élevage sont pratiqués dans la zone : un élevage sédentaire constitué de bovins, d'ovins de race D'man et de caprins laitiers qui vivent exclusivement des ressources fourragères des exploitations agricoles.
Les ovins D'man dont l'effectif est estimé à plus de 120.000 têtes sont caractérisés par leur prolificité atteignant plus de 200 % et par leur aptitude à mettre bas deux fois par an.
Par contre, l'élevage pastoral ou extensif est dominé par des ovins de races Saghro et Siroua, des caprins de race Rahali et des camelins. Leur subsistance est assurée par la production fourragère des parcours de la zone.
Les parcours s'étendent sur une superficie de 4,4 millions d'hectares et constituent la principale ressource fourragère pour plus de 1,2 millions de têtes d'ovins et de caprins.
Les productions animales au niveau de la zone sont estimées à 14 millions de litres de lait, 4.470 tonnes de viandes rouges, 390 tonnes de laine et 256 tonnes de poils.
Dans le domaine de la santé animale, l'ORMVAO entreprend des actions de prophylaxie préventive et curative, ainsi que le dépistage de maladies contagieuses et la protection sanitaire du cheptel.
7/ SECTEUR DE L'AGRO-INDUSTRIE
En dehors des deux unités de distillation d'eau de rose, le secteur de transformation des productions agricoles était pratiquement inexistant avant la création de l'ORMVAO.
Depuis lors, l'ORMVAO a contribué à la création de nombreuses unités de transformation, de conditionnement et de commercialisation.
* Création en collaboration avec l'ODI de l'usine de conditionnement et de commercialisation des dattes, "Société Dattes de Zagora", d'une capacité de 2.500 T. La moyenne des achats pendant les cinq dernières années tourne autour de 1.000 T.
* Création d'une unité de conditionnement et de commercialisation du safran pour traiter un tonnage annuel de 1.200 kg/an de safran.
* Création de deux unités de trituration de l'huile d'olives d'une capacité annuelle de 2.500 T.
* Création de quatre coopératives de conditionnement et de commercialisation de henné.
* Création d'une fromagerie à base de lait de chèvre au niveau de la station caprine de Skoura produisant environ 600 kg par an.
En plus de ces unités, il existe une minoterie moderne à Ouarzazate d'une capacité d'écrasement de 650.000 qx par an.
8/ ORGANISATION PROFESSIONNELLE
La zone d'action de l'Office compte 51 coopératives agricoles. Leurs champs d'action portent sur des activités aussi nombreuses que diversifiées. Elles regroupent 15.000 adhérents et se répartissent comme suit :
- 13 coopératives de services (dont 2 huilières, 4 de henné, 1 de safran, 1d'amélioration pastorale, 2 d'embouche).
- 8 coopératives laitières.
- 9 coopératives d'utilisation en commun de matériel agricole.
- 21 coopératives d'approvisionnement.
Extrait de l'ouvrage "Institut Agronomique et vétérinaire Hassan II " Publications "IAV Hassan II" - Rabat. 1994