Terre et Vie No 5, Février 19994

 

 

Pays en développement:

La pauvreté rurale et le développement agricole (28)

 

 

Dans les pays en développement, plus d'un milliard de personnes sont pauvres et la très grande majorité d'entre elles vivent en zone rurale. En conséquence, le développement de l'agriculture a un rôle direct à jouer dans l'atténuation de la pauvreté rurale puisque la majorité des ruraux pauvres tirent essentiellement leurs revenus et leurs possibilités d'emplois des activités agricoles. Pour ces pays, les taux de croissance projetés de la production agricole sont en général supérieurs à ceux de la population qui vit de l'agriculture. Les taux de croissance implicites des revenus moyens par habitant de la population agricole sont cependant modestes, mais ils peuvent être importants dans les pays où la population agricole est en recul. La réduction du nombre de ruraux pauvres due à la croissance agricole ne dépend pas seulement de son taux par habitant, mais aussi de son incidence sur la distribution et d'autre part de l'augmentation des possibilités d'emplois non agricoles dans les zones rurales entraînées par la croissance agricole.

incidences et nature des processus de croissance agricole

 

Les incidences de la croissance agricole sur les différentes catégories socio-économiques de producteurs et d'ouvriers du secteur rural, ainsi que les mécanismes de transmission de ces incidences, dépendent de la nature des processus de croissance et des facteurs structurels qui sous tendent l'organisation sociale en milieu rural. Les faits semblent montrer que si la croissance agricole doit atténuer la pauvreté rurale. la situation économique de certaines fractions de la population rurale pourrait empirer. Les caractéristiques structurelles de l'économie rurale au début de la croissance agricole jouent un rôle prédominant dans la distribution des avantages tirés d'une augmentation de la production.

L'accès à la terre est un facteur déterminant d'atténuation de la pauvreté par la croissance agricole en même temps qu'il conditionne le processus de croissance lui même. Ces réformes restent cependant très souhaitables pour des motifs aussi bien d'efficacité que d'équité et plus encore quand on considère leurs rapports avec le secteur rural non agricole, car une répartition plus égale des terres stimule également l'emploi rural non agricole. en général, l'expérience semble indiquer que l'engagement politique du secteur public et son vigoureux appui aux bénéficiaires de la réforme agraire demeurera un aspect non négligeable de la recherche d'une atténuation de la pauvreté rurale.

Cela est particulièrement vrai dans les pays dont la population agricole est en augmentation et où les perspectives de croissance non agricole sont médiocres.

Outre les réformes touchant les titres de propriété des terres, celles concernant les statuts d'occupation demeurent importantes. Ici l'expérience montre que les politiques qui, par le passé, limitaient les contrats de métayage ont parfois été contreproductives. Les réformes de tenure menées dans les pays d'Asie à économie centralement planifiée en cours de refonte s'avèrent de plus en plus probantes à mesure que ces économies passent d'une agriculture de type socialiste à des arrangements à l'échelle des ménages assortis d'une sécurité de tenure adéquate. Il est aussi de plus en plus reconnu qu'en Afrique les modes de tenure les plus traditionnels s'adaptent bien à l'évolution des circonstances et les pouvoirs publics devraient en priorité assurer un environnement juridique et institutionnel approprié.

Les difficultés d'accès des populations pauvres au financement rural dans l'agriculture a été un obstacle majeur au développement agricole et à l'atténuation de la pauvreté. La politique accordée à la fourniture de financements officiels par le biais des institutions de crédit spécialisées a souvent été un échec et il apparaît de plus en plus clairement qu'il faut mettre des arrangements moins formels tels que les tontines (UB) pour ouvrir l'accès des populations pauvres au crédit.

services de commercialisation pour agriculteurs pauvres

Pour ce qui concerne la commercialisation, les tentatives faites pour fournir aux agriculteurs, en particulier aux agriculteurs pauvres, des services de commercialisation souvent accompagnés d'autres services, par l'intermédiaire d'organismes para- étatiques, se sont en général (pas toujours) révélés inefficaces. Ces inefficacités sont l'une des raisons pour lesquelles la réforme du rôle du secteur public dans la commercialisation agricole occupe une place éminente dans les programmes d'ajustement structurel. Le rôle des pouvoirs publics en matière d'infrastructure, de cadre juridique et d'application des règlements et, d'une manière générale, d'appui au fonctionnement des marchés est tout à fait reconnu.

Mais, la tendance générale est de mettre un frein à l'intervention directe de l'Etat dans la commercialisation et de permettre au secteur privé d'en être le véhicule principal et de l'encourager dans ce sens. La question clef est de savoir comment passer sans heurts d'une forme d'organisation à l'autre car, ce sont les pauvres qui s'ouffriront le plus d'une grande désorganisation des services.

A plus longue échéance, la croissance de l'agriculture et de l'ensemble de l'économie atténuera en général la pauvreté rurale surtout si le développement agricole et rural s'oriente vers des structures plus égalitaires par l'application de politiques . Mais, dans l'avenir immédiat et pour certains pays à plus longue échéance, la pauvreté rurale continuera d'être un problème majeur. C'est pourquoi des interventions directes demeureront nécessaires. Les travaux publics ruraux sont depuis longtemps utilisés à cette fin, en particulier dans les cas d'urgence. Ils forment le noyau des stratégies gouvernementales de lutte contre la pauvreté en Asie du Sud et dans d'autres pays. Les résultats sont généralement favorables surtout lorsqu'il y a participation communautaire accompagnée d'une sélection et d'un ciblage sérieux des bénéficiaires. Les interventions dans le domaine de l'alimentation et de la nutrition continueront d'avoir leur place dans l'arsenal des politiques de lutte contre la pauvreté. Ici, l'expérience que tentent d'atteindre les populations pauvres par le biais de subventions générales des produits alimentaires est une politique très coûteuse qui bénéficie en général surtout aux personnes qui ne sont pas pauvres. Les programmes plus ciblés atteignent généralement mieux leurs objectifs, mais ils sont souvent plus difficiles à gérer. Il s'agit en particulier des programmes de rations alimentaires, de bon d'alimentation et d'alimentation complémentaire.