Terre et Vie , No 14, Janvier 1995

Nutrition et développement: quelle stratégie? (43)

 

 

Nutrition et développement: Quelle stratégie? C'est sous ce thème que la Société Marocaine de Nutrition avait organisé dernièrement à Rabat un important colloque dont nous donnons un aperçu succinct des différentes interventions faites à cette occasion par d'éminent chercheurs et spécialistes en matière de nutrition, de production alimentaire et de développement

Economie Alimentaire et Nutritionnelle au Maroc

Par: DRIOUCHI Ahmed (Université Al Akhawayn)

 

Il est évident que l'état alimentaire et nutritionnel de chaque individu détermine le niveau de sa productivité et donc sa contribution aux processus sociaux de production et des échanges. La production nationale se trouve ainsi directement liée au niveau d'alimentation et de nutrition de la population. Toutefois, les conditions économiques et sociales liées aux modalités et aux stratégies de réalisation et d'anticipation des processus de consommation, d'alimentation et de nutrition détermineraient dans une large mesure les niveaux individuels et sociaux de satisfaction. Par ailleurs, la connaissance des effets de telles conditions sur l'alimentation et la nutrition, peuvent au retour permettre d'opérer les ajustements requis. Ces derniers sont souvent du ressort du secteur public qui met en place les instruments économiques et les programmes informationnels susceptibles d'atteindre en dernier ressort, les liées entre autres aux habitudes alimentaires pourraient retarder de tels ajustements surtout en situation de développement de marchés et de désengagement de l'Etat.

Les travaux de différents historiens sur le Maroc ont montré combien d'absence d'échanges généralisé ainsi que l'absence d'ouverture de l'économie sur le reste du monde a affecté l'état alimentaire et nutritionnel des populations et donc de la productivité. La précarité alimentaire et la sensibilité de l'économie aux facteurs exogènes telles que les crises de famine et des épidémies étaient couramment mentionnées et ce malgré le développement de technologies traditionnelles de stockages et de transformation.

Avec une plus grande connaissance des facteurs alimentaires et nutritionnels dès le début de l'indépendance, mais aussi suite au développement de travaux économiques et de laboratoires, la situation a pu être progressivement dominée. Il faut aussi dire que de tels développements se sont aussi produits au niveau international impliquant par là un plus grand affinement des actions nationales et régionales en matière d'alimentation et de nutrition.

Ainsi, une plus grande ouverture de l'économie nationale au reste du monde est en mesure de créer les conditions propices pour une grande diversification des produits alimentaires et dérivés, et pour la réduction éventuelle des prix suite aux processus de compétition entre firmes locales et internationales. Par ailleurs, le développement des procédés de connaissance de l'état nutritionnel ne pourrait que mieux cibler et identifier les groupes précaires en vue de la mobilisation d'instruments adaptés d'ajustement.

 

Contribution des productions animales à la sécurité alimentaire

Par: BENTOUHAMI Ahmed ( Direction de l'Elevage - Ministère de l'Agriculture - Rabat)

 

Parmi les objectifs fondamentaux assignés à la nouvelle politique agricole figure la contribution à la sécurité alimentaire.

Aussi, étant donné le modèle de consommation, les principaux produits qui interféreront d'une significative dans la réalisation de cet objectif sont représentés par les denrées alimentaires dites de base et comprenant les céréales, le sucre, les huiles, les viandes rouges, les produits avicoles, le lait et les produits laitiers ainsi que le beurre.

L'objectif de cet exposé est concentré uniquement sur les produits animaux. Ainsi, il sera procédé à l'analyse et à la présentation des aspects suivants:

 

1. Demande totale à l'horizon 2020:

N.B: B: Hypothèse nutritionnelle

C: Hypothèse tendentielle

 

1. Niveau d'offre à mobiliser pour répondre à la demande:

La réalisation de ces offres suppose:

- Pour les produits végétaux:

* l'amélioration des niveaux de rendement actuels sur la base des acquis technologiques mobilisables;

* Une affectation appropriée de la superficie agricole entre les spéculations au niveau national,

- Pour les produits animaux:

Le secteur avicole de par son caractère industriel et compte tenu de sa dynamique passée (croissance annuelle de 7%), pourrait satisfaire toute la demande à condition que celui-ci ne soit pas handicapé par certaines distorsions, notamment en matière du coût de production.

Pour les ruminants, les niveaux de production en viandes rouges et en lait ne pourrait être atteints qu'en agissant sur l'amélioration de la productivité; l'augmentation des effectifs étant difficilement envisageable compte tenu de la densité animale actuelle.

 

Politiques du Gouvernement en faveur des défavorisés

Par ESSATARA M'barek (Professeur à l'Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II - Rabat)

 

Cette communication passe en revue les principaux politique, programmes et actions en faveur des défavorisés dans les domaines alimentaires, nutritionnel et environnemental.

L'objectif de tout développement social et économique est l'amélioration des conditions de vie, c'est-à-dire du bien-être, que ce soit dans les domaines de l'alimentation, de la nutrition, de la santé, de l'instruction, de l'emploi et de l'habitat, etc. Ceux-ci conditionnent à leur tour le degré de ce développement.

La pauvreté constitue l'une des principes causes de la sous-alimentation, de la malnutrition et de la moralité. Ces problèmes sont particulièrement fréquents pour certaines catégories de la population telles que les enfants en bas âge, les femmes en âge de procréer, enceintes et allaitantes et les personnes agées dans certaines régions et particulièrement dans le milieu rural et sub-urbain. En effet, les populations pauvres sont concentrées dans les milieux ruraux des régions à faibles potentialités économiques et sociales. Les populations de ces régions sont caractérisées par leur jeunesse et leur croissance démographique rapide. Leur accès à l'éducation, à la formation, à l'emploi et à d'autres services sociaux demeure relativement bas.

Dans toutes les sociétés, il existe des groupes défavorisés qu'il faut identifier et bien cibler. Les critères d'identification doivent être pertinents du fait du caractère multisectoriel et multidisciplinaire de l'alimentation et de la nutrition. Une fois les groupes défavorisés identifiés, il faudrait établir des politiques et des programmes visant l'amélioration de leur sécurité alimentaire et leur état nutritionnel. Les programmes doivent être cohérents et les actions doivent être faisables.

Une identification précise des problèmes est nécessaire. Cependant il existe des priorités, mais celles-ci ne doivent pas occulter les autres actions. Les programmes d'action doivent continuer dans le temps et l'espace et résoudre progressivement les problèmes que rencontrent les groupes défavorisés particulièrement ceux ayant trait à l'alimentation et la nutrition.

L'évaluation de ces différentes interventions reste fragmentaire et isolée, de telle sorte qu'il est très difficile d'analyser réellement l'impact de toutes ces actions, ainsi, pour ce qui est des interventions intersectorielles, un système de coordination efficace est nécessaire. Des études et des études et des évaluations périodiques pourraient aussi permettre de mieux réorienter les programmes et les interventions en cours.

Les études déjà réalisées dans ces domaines doivent néanmoins être bien analysées en vue d'un meilleur ciblage des populations défavorisées.

En ce qui concerne les subventions, il serait intéressant de connaître exactement à qui elles profitent réellement.


LA MALNUTRITION DANS LES PAYS ARABES: REACTION EN CHAINE

Source: UNICEF: L'enfant arabe: des défis pour un avenir brillant

L'alimentation équilibrée est l'une des conditions de base préalable pour assurer à l'enfant une bonne santé. Un enfant mal nourri est plus exposé aux maladies infectueuses et parasitaires. Il est plus enclin à en mourir qu'un enfant bien alimenté. Une carence alimentaire et nutritive réduit aussi l'énergie de l'enfant, entrave son développement mental et physique et diminue sa capacité d'apprentissage à l'école.

Dans le monde arabe, on estime qu'entre 10 et 30% des enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutition modérée ou avancée. Encore une fois, on constate qu'il existe des disparités entre les pays. Les pays riches, en effet, comptent un bien plus faible pourcentage d'enfants mal nourris que les pays pauvres. En Mauritanie, par exemple, 44% des enfants souffrent sérieusement de malnutrition avancée et dans certaines régions du pays, cette proportion peut atteindre 65%. Au Yémen, entre le quart et la moitié des enfants sont sous-alimentés, et même 60% dans certaines régions.

Les causes de la malnutrition diffèrent d'un pays à l'autre. Dans certaines régions, la malnutrition est causée par les rations alimentaires insuffisantes dues à la situation économique. Dans certains pays de la région, tels que la Jordanie et l'Irak, cette situation est de plus en plus présente vues les conséquences économiques de la crise du Golfe, et un nombre considérable de familles se trouvent dans l'incapacité de garantir aux enfants une alimentation nutritive suffisante. Dans certains pays, les techniques de sevrage jouent aussi un rôle très important dans le ralentissement de la croissance des enfants âgés de 6 à 18 mois, l'âge auquel les enfants sont le plus susceptibles d'être sevrés. Une étude effectuée dans les milieux ruraux a démontré qu'au Yémen du sud, plus de la moitié des enfants âgés d'un an à deux ans souffrent d'un arrêt de croissance ou d'amaigrissement, comparés à 25% d'enfants âgés de moins d'un an. La diarrhée et les maladies infectueuses peuvent également épuiser les ressources nutritives de l'enfant, l'exposant à d'autres maladies à moins qu'on ne lui donne une alimentation supplémentaire adéquate et le temps de reprendre son poids normal.

 

Carences en micronutriments

 

Les carences en micronutriments sont également une cause majeure de malnutrition. Le manque de vitamine A, cause principale de cécité chez les enfants de moins de cinq dans le monde, existe dans plusieurs pays arabes. Les enfants en Algérie, en Mauritanie, au Yémen, et en Irak d'après-guerre, entre autres, souffrent à des degrés divers de cette carence qu'il est possible de prévenir par une consommation supplémentaire de nourriture riche en vitamine A, tels que les légumes verts à haute teneur en fibres, ou par l'absorption de capsule de vitamine A tous les six mois. Le lait maternel, notamment le colostrum ( le premier lait secrété après l'accouchement), est également très riche en vitamine A.

Les désordres causés par la carence en iode, qui provient d'un manque d'iode dans le sol (et par conséquent dans le régime alimentaire), sont parmi les causes principales des déficiences mentales dans le monde, et entraînent aussi le goitre (gonflement de la glande thyroïde au cou), une diminution générale de la capacité physique, le décès des bébés à la naissance ainsi que les fausses couches chez les femmes enceintes. Ces carences, qui sont très répandues dans les régions montagneuses et exposées aux inondations, se trouvent dans plusieurs pays arabes tels que l'Algérie, le Yémen, l'Egypte, l'Irak, le Liban, la Libye, le Maroc, le Soudan, la Syrie, la Somalie et la Tunisie. Elles peuvent être évitées en remplaçant l'iode qui manque dans la nourriture. Jusqu'à tout récemment, la gravité des carences en iode n'était pas reconnue et la connaissance qu'on avait de son existence dans le monde arabe était très sommaire et se fondait d'habitude sur des études faites au hasard. Cependant la plupart des pays de la région sont en train d'éliminer ces désordres et le Soudan, le Maroc, la Syrie et le Libye sont en train de mettre sur pied leurs programmes. Ces programmes comprennent la conception de cartes géographiques des régions où prévaut la carence, l'établissement de plans pour l'iodisation du sel, l'administration d'huile iodée dans les régions affectées et la mobilisation sociale pour sensibiliser les communautés aux mesures préventives.

L'anémie due au manque de fer est une autre carence nutritionnelle répandue dans la région. Elle est occasionnée par l'absence d'une quantité suffisante de fer dans le régime alimentaire, l'incapacité d'absorber le fer (due au manque d'aliments nutritifs, comme la vitamine C qui permet l'absorption) ou la perte chronique de sang. L'anémie réduit l'activité physique et mentale, de même qu'elle réduit la résistance aux maladies.

Les femmes en âge de ^rocréer, qui ont un plus grand besoin de fer, sont particulièrement exposées, et les femmes anémiques donnent naissance à des enfants qui à leur tour souffrent d'un manque de fer. Les niveaux d'anémie varient d'un pays à l'autre mais ils atteignent les 40% chez les enfants âgés de moins de cinq ans à Oman, 50% au Yémen et36% parmi les Palestiniens âgés de six à douze ans dans la Bande de Gaza.