Terre et Vie , Nos 15-16, Février - Mars 1995
Province de Chefchaouen: Production animale (47)
Par BENOUDIFA
1-1- Caractéristiques du milieu
La province de Chefchaouen est caractérisé par un relief très accidenté, une pluviométrie annuelle importante et par conséquent une érosion intense. La population est représentée par 90% de ruraux avec une densité élevée (86 habitants/km2)
La superficie globale de la province (436.000 ha) est dominée par les forêts (174.000 ha) et les terrains de parcours et incultes (160.000 ha), alors que la S.A.U. n'est que d'environ 100.000 ha. En plus, la taille des exploitations est très faible avec un morcellement excessif.
1-1- Les productions animales
L'élevage est le principal agent valorisateur des végétations spontanées et cultivées et il fournit l'énergie nécessaire aux travaux agricoles (80% des superficie sont labourées à l'araire).
Les effectifs du cheptel de 85.000 têtes pour les bovins, 75.000 têtes pour les ovins, 209.000 têtes pour les caprins, et de 55.000 têtes pour les équidés.
Les productions animales globales sont estimées à 7.500 tonnes de viande, 21,5 millions de litres de lait et 84 tonnes de laine. La faiblesse des productions s'expliquerait par la prédominance de la race locale dans toutes les espèces.
2- Principales ressources
alimentaires du cheptel
L'alimentation du cheptel est principalement à base de la végétation naturelle. Les cultures fourragères n'ont commencé à se développer que ces dernières années et leur superficie actuelle est d'environ 6.700 ha.
2-1- Les parcours naturels
Les parcours naturels sont souvent à base de cistes, asphodèle et doum. Leur production est faible et varie avec les conditions météorologiques de l'année. Les principales actions d'améliorations des parcours entreprises jusqu'à présent ont celles réalisées dans le cadre du Projet de développement intégré du Loukkos. Après une série d'essais d'adaptation concernant une vingtaine d'espèces pastorales importées, les suivantes ont été retenues:
- pour les sols légèrement acides à texture sablo-limoneuse des terrasses:
Trifolium subterraneum TRIKKALA, DALIAK et WOOGENELLUP
Phalaris aquatica
Festuca elatior spp.arundinacea
- pour les sols hydromorphes:
Phalaris aquatica
Festuca elatior spp. arundinacea
Trifolium subterraneum TRIKKALA
Trifolium fragiferum PALESTINE
Ces mélanges ont constitués la base des prairies permanentes mises en place sur 1,700 ha de terrains de parcours collectifs entre 1982 et 1988.
Sur des sols à forte pente et érodés, Acacia cyanophylla a été plantée pour la mise en place d'une réserve fourragère sur pied d'une part et la lutte contre l'érosion d'autre part. Cette action a concerné une superficie globale de 4,570 ha (1980-1988).
2-2- Les cultures fourragères
Le développement des cultures fourragères est entravé par les conditions du milieu précitées (relief accidenté, faiblesse de la S.A.U., etc...). Les superficie emblavées par les cultures fourragères ont légèrement stagné ces dernières années et sont estimées pour la campagne agricole 1993-94 à 6.760 ha. Le bersim est la culture dominante (4.516 ha), suivi du mélange pois-orge (1.120 ha) et vesce-avoine (504 ha), ainsi que le maïs fourrager qui est de plus en plus cultivé ces dernières années.
Afin de permettre un choix plus large aux agriculteurs, des essais de nouvelles cultures ont été entrepris cette année chez les agriculteurs. Ces essais ont concerné principalement le lupin, les mélanges fourragers (triticale-vesce, vesce avoine) et le Sudan-grass. Cependant, quelques contraintes continuent à bloquer le développement de ces cultures, dont l'indisponibilité des semences sur le marché et leurs prix élevés.
3- Perspectives d'avenir
Les actions de développement de l'élevage dans la province de Chefchaouen s'articulent autour des axes suivants:
- Renforcement de l'encadrement des éleveurs,
- Amélioration génétique bovine, ovine et caprine,
- Développement de l'aviculture et de l'apiculture,
- Diversification de l'alimentation du cheptel,
- Actions sanitaires et de vulgarisation,
- Aide à la commercialisation des produits animaux.
Il est à noter que la diversification de l'alimentation animale passerait obligatoirement par une amélioration sylvo-pastorale des parcours forestiers et domaniaux, qui sont peu productifs et surexploités. Pour cela, des essais d'adaptation de nouvelles espèces pastorales sont à envisager à une grande échelle.
Source: "La Production Fouragère dans la Zone Nord du Maroc" - INRA 1994