Toutes les formes de la malnutrition peuvent être un handicap au fonctionnement normal de l'organisme. Une sous alimentation aussi bien durant la vie ftale qu'après la naissance pourrait avoir des conséquences irréversibles sur la santé physique et mentale de l'enfant. De même, une malnutrition vécue par la mère et par le ftus a des conséquences permanentes sur le profil mental et physique de l'enfant. La malnutrition étant donc ainsi lourde en conséquences psychologiques et économiques, il est impératif de la prévenir sous toutes ses formes chez la mère pendant la grossesse et chez l'enfant en bas âge. Une carence en iode, en fer, et en vitamine A est, par exemple, néfaste et a des conséquences négatives sur les performances intellectuelles et physiques de l'individu. Par ailleurs, l'Organisation Mondiale de La Santé reconnaît que ces carences constituent un problème de santé publique internationale. Toutefois, bien que ces carences sont plus graves et plus prévalantes dans certains pays que dans d'autres, les moyens intellectuels nécessaires pour les corriger et les éradiquer sont bien développés et leur prix demeure abordable pour la majorité d'entre eux. Il suffirait donc que ces pays s'engagent à établir une politique de prévention et d'éradication de ces carences pour que le problème soit résorbé d'autant plus que les organismes internationaux sont très motivés pour soutenir tous programmes de lutte contre ces carences.
Le présent papier se limitera au problème de déficience en vitamine A, les autres carences seront reprises dans d'autres papiers. Ce choix a été dicté par le thème même de cette journée. En effet, comme il sera montré lors de notre exposé, la carence en vitamine A est l'une des causes d'un handicap majeur, notamment, la cécité.
La vitamine A est un nutriment soluble dans la matière grasse et dont les précurseurs principaux sont les ß Carotènes qui sont responsables de la couleur jaune et orange de quelques légumes et fruits. Une fois dans l'organisme, ces ß Carotènes se transforment en vitamine A.
Les ß carotènes, précurseurs de la vitamine A se trouvent en quantités importantes dans les légumes et fruits de couleur rouge, jaune ou vert foncé. Les fruits les plus riches en ß carotènes sont les abricots et le melon mais tous les fruits contiennent des ß carotènes. Les légumes les plus riches en ces carotènes sont les courgettes, les carottes et la citrouille.
Les produits riches en vitamine A sont les abats, le jaune d'uf, le lait entier, le beurre et le fromage.
La fonction la plus documentée de la vitamine A est sa relation avec la vision. Cette vitamine entre dans la composition du pigment de la vision qui est la rhodopsine. En premier lieu, une carence en cette vitamine a des répercussions directes sur l'acuité visuelle. En outre, si une carence grave en vitamine A n'est pas corrigée, la perte de la vision en sera le destin des personnes qui en sont atteintes.
La vitamine A joue un rôle important dans la croissance et le développement. La carence en cette vitamine a été montrée comme responsable de retard de croissance donnant ainsi des individus de petites tailles et de performances intellectuelles diminuées par rapport aux enfants indemnes de cette carence.
La vitamine A intervient au niveau de la différenciation cellulaire des tissus épithéliaux, des muqueuses, des tissus tapissant les vaisseaux sanguins, de la cornée etc... Sa déficience est responsable de la desquamation de ces tissus ce qui interfère avec leurs fonctions dans l'absorption des aliments et dans d'autres fonctions.
Par son action dans la différenciation cellulaire, la vitamine A joue un rôle important dans la réponse immunitaire de l'organisme. Différentes études ont montré que les enfants souffrant de carence en vitamine A présentent des infections respiratoires plus fréquentes que ceux qui n'en sont pas déficients.
A cause de l'importance de la vitamine A dans la différenciation cellulaire, des travaux suggèrent qu'une carence en vitamine A pourrait favoriser le développement d'un cancer. Des études épidémiologiques sur des groupes de population large suggèrent une association de la consommation des ß carotènes au cancer. Certains cancers ( de l'sophage, de l'estomac) sont moins fréquents chez les populations à consommation élevée des ß carotènes.
Le premier symptôme d'une carence en vitamine A est la perte de vision de nuit. Une carence sévère donne une cécité partiale ou totale ce qu'on appelle la xérophtalmie ou dessèchement de la cornée. Une déficience poussée est associé à un dessèchement prononcé qui accompagne une ulcération de la cornée et puis une perte de la vue.
Une carence modérée en vitamine A est associée à une fréquence plus élevée d'infections et surtout celles respiratoires et intestinales.
La carence en vitamine A est de loin la première cause de la cécité. En association avec une malnutrition proteino-calorique, elle figure parmi les causes les plus associées à la haute fréquence des infections respiratoires et la mortalité infantile.
L'utilisation de la vitamine A par l'organisme est influencée par:
- La contraception orale qui diminue les resserves de la vitamine A au niveau du foie
- Les infections qui compromettent la disponibilité de la vitamine A à l'organisme
- La déficience en protéines et lipides qui diminue l'absorption et le métabolisme de la vitamine A
- L'altération du métabolisme du fer qui est associée à la carence en vitamine A qui pourrait donner une anémie
- La disponibilité en vitamine E au niveau de l'alimentation qui protège la vitamine A de toute oxydation
Les enfants et les femmes enceintes et allaitantes constituent le groupe le plus exposé aux carences en vitamine A. Les enfants en bas âge sont les plus touchés dans les zones endémiques de cette carence. Ces groupes de population ont des besoins élevés en vitamines A par rapport aux autres groupes. De même, les populations dont l'apport en vitamine A, B Carotènes, protéines et/ou lipides est faible à cause de leurs comportements alimentaires ou de manque de moyens pour se procurer les aliments riches en ces nutriments constituent aussi des groupes vulnérables.
Les recommandations américaines du FDA proposent une consommation quotidienne de 4000 Unités Internationales (UI) chez la femme et 5000 UI chez l'homme. Les besoins des enfants dépendent de l'âge et du stade de développement. Les besoins de la femme allaitante et enceinte augmentent de 2000 et 1000 UI respectivement.
Une personne qui consomme 70g de carottes, 100g de tomate, et 100g d'orange couvrira ses besoins en ß carotènes. Deux ufs, 0.5l de lait entier (le lait écrémé est moins riche en vitamine A que le lait entier), 100g de fromage, et 235g de tajine (viande+légumes) par jour couvrira les besoins en vitamine A d'une personne normale (non allaitante, non enceinte, non malade).
Une femme allaitante doit consommer en plus d'une personne normale 20g de carottes crues, 200g de laitue ou 100g d'abricots et une femme enceinte doit prendre en plus 10g, 100g, ou 50g de carottes, de laitue ou d'abricot respectivement.
La vitamine A est distribuée sous forme de capsule dans les zones endémiques de sa carence. C'est à dire dans les zones où il y a la xérophtalmie. La distribution des capsules est l'intervention la plus directe. Des doses de 200 000 UI sont prescrites deux à trois fois par an. Ces capsules assurent un supplément en vitamine E pour protéger la vitamine A et faciliter son absorption.
Les doses utilisées (200 000- 500 000 UI) pour guérir la carence en vitamine A ne présentent pas de danger. Cependant les individus normaux doivent prendre une alimentation riche en ß carotènes plutôt que de s'orienter vers une prise médicinale de vitamine A.
Il ressort de cette brève présentation, je l'espère du moins, que la vitamine A, plus précisément, la carence en Vitamine A, doit faire l'objet de beaucoup d'attention de la part non seulement des nutritionistes, des services de prévention des maladies en général, et surtout des maladies oculaires. La femme enceinte et la femme allaitante doivent donc être informées des dangers de la carence en Vitamine A pour leur propre santé ainsi que pour celle de leurs enfants. Elles doivent éventuellement être prises en charge par un conseil en matière de nutrition pendant la grossesse et d'allaitement. Par ailleurs, la femme qui est en général responsable de la composition du menu familial dans notre société doit aussi être sensibilisée quand aux risques de la cécité et d'autres problèmes de santé qu'une carence en Vitamine A porte pour les différents membres de sa famille.