Terre et Vie , No 19, Décembre 1995

 

 

Assurance anti-sécheresse: une initiative prometteuse, mais... (No 67)

 

Menacée par les sécheresses -données structurelles tout au long de l'histoire de l'agriculture marocaine-, par l'instabilité des prix et par toutes sortes d'incertitudes d'ordre naturelle ou économique, la production agricole est devenue, sans conteste, une activité à risque pour les agriculteures. ceux-ci ont été tellement épreuvés par les rudes conditions qui se sont succédées de sorte qu'il se sont trouvés dans l'incapacité de rembourser leurs emprunts et de subvenir à leurs besoins essentiels.

Ainsi pour parer au double danger de désagrégation sociale et de dètérioration des conditions de vie des agriculteurs, le Ministères de l'Agriculture et de la Mise en Valeur Agricole a lancé cette année, conjointement avec la C.N.C.A. et la M.A.M.D.A.un système d'assurance dans le but de garantir la production céréalière contre les effets nèfastes de la sécheresse.

Le système sera tésté sur une superficié de 100 milles hectares relevant de 16 wilayas et provinces du Royaume, il s'attache à garantir le blé dur et le blé tendre contre les risques naturels et ce selon trois niveaux de rendement détérminés par l'agriculteur lui-même en fonction des performances de son exploitation. Ces niveaux se répartissent comme suit:

8 qx/ha pour une cotisation de 102 dh/ha

16 qx/ha pour une cotisation de 204 dh/ha

24 qx/ha pour une cotisation de 306 dh/ha

L'agriculteur qui souscrit à ce système doit, cependant, respecter un cahier de charge agronomique et s'engager à exécuter les clauses contenues dans le contrat d'assurance relativestant à la préparation du sol et du semis, à l'utilisation des intrants, etc... le suivi de respect de ses engagements se fera soit sur place soit selon des indications sur pièces et peut avoir lieu à tout moment par les services des études de la programmation et du suivi du M.A.M.V.A. au sein des exploitations assurées, et ce le long du cycle de la culture.

Il ressort donc, de prime abord, que le système de garantie de la production céréalière contre la sécheresse n'est qu'un moyen parmi tant d'autres pour maîtriser les risques agricoles. C'est un instrument spécialisé qui ne s'occupe de que des risques liés au phénomène de la sécheresse, encore est-il que la commune dont relève l'exploitation touchée soit déclarée zone sinistrée par décision conjointe du M.A.M.V.A. et le Ministère des Finances et des Investissements Exterieurs. Aussi n'est-il adapté que lorsque cette catégorie de risques constitue la cause première de fluctuation en cas de rendement désatreux.

Autre remarque, non de moindre importance, est que le système mis en place à tendance à être orienté vers les exploitations les plus importantes seules capables de respecter le cahier de charges agronomiques. De ce point de vue, la clé de son efficacité réside dans l'allégement des charges, imposées par le cahier de charges agronomiques, en faveur des petits agriculteurs. Ce qui n'est pas hors de portée de l'Etat.

M. B. A.