Chefchaouen:
La protection
de l’environnement passe par le social (731)
Direction Provincialede
l’Agriculture de Chefchaouen 2005 - PROJET
MEDA/MAR/B7-4100/IB/98/0532)
L’environnement est pour
l’Homme un milieu de vie et de plus en plus une course contre la montre pour
éviter de sombrer dans le néant. La protection de l’environnement est une
question de vie ou de mort. La civilisation moderne a permis à l’homme
d’atteindre un haut niveau technologique, au détriment du milieu naturel. En
effet la vitesse actuelle du cycle de production- consommation ne se trouve
plus en adéquation avec le cycle de vie de
la mère nature.
D’où la nécessite de recourir
à la protection de l’environnement. Les mesures de reconstitution du milieu et
celles de sa sauvegarde en sont les plus prépondérantes formes et les plus
urgentes. Elles sont en général accompagnées de tout un arsenal de mesures
incitatives, de règles répressives et de manifestations commémoratives promptes
à rappeler à l’Homme ses responsabilités. Il en va ainsi de la journée mondiale
de l’environnement.
Le Maroc, pays célébré pour la
richesse de sa biodiversité, connaît des
problèmes induits certes par l’industrialisation du pays et l’urbanisation de
sa population, mais y sévit également un
déséquilibre écologique croissant, du fait de phénomènes naturels
(désertification, ensablement,…), et d’actions inadaptées de l’Homme du monde
rural.
La région de Chefchaouen constitue un cas typique de ce genre de
déséquilibre, surtout que l’industrie y est totalement absente et
l’urbanisation faible. Cette région est classée, au Maroc, parmi les plus boisées, voire, elle se singularise
au niveau africain par ses forêts de sapin. La province est un havre de paix où
les beaux paysages et les zones sauvages se disputent la curiosité des amateurs
de la nature et des randonnées pédestres. Elle est avantagée par un haut niveau
de précipitations qui dépasse la moyenne de 1000 mm/an dans les hautes
altitudes, et se trouve pourvue d’une couverture
végétale souvent dense et toujours verdoyante.
Face à cette image idyllique,
le bilan social y est moins brillant, il
pose même de sérieux problèmes.
La densité de la population
est des plus élevées (124 hab/km_ au lieu de 37 pour
le reste du pays). Un relief montagneux, des sols pauvres et fragiles, des
superficies de culture congrues (la
moyenne de la Superficie Agricole Utile est de 2 ha /exploitation), réduisent
l’agriculture à sa plus faible représentation : à base de cultures vivrières pour
rendements très bas.
Ces facteurs font que
l’économie n’est pas le fort de ces régions
demeurées marginales, n’ayant aucun apport de production significatif
dans les échanges du pays. D’ailleurs
cela se traduit par la persistance d’un isolement des douars et autres
villages, en l’absence d’infrastructures routières ou d’accès.
Une seule culture semble
bénéficier d’une exceptionnelle aura dans la région. C’est celle du cannabis,
culture illicite, à haut niveau de
rémunération, le « monopole » et l’illicéité y sont pour beaucoup.
Dans ce système de production,
la seule richesse disponible et immédiatement mobilisable se trouve être les
ressources naturelles : la forêt, les terrains escarpés, la biodiversité, la
ressource en eau,…
La population pour répondre à
ses besoins, pour s’assurer un minimum de revenu, procède à une exploitation
minière des ressources naturelles, par la coupe de bois, le défrichement de la
forêt à la recherche de nouveaux terrains de culture, le labour de terrain à
forte pente, l’utilisation à outrance de fertilisants, la surexploitation des
ressources en eau,…
En somme, l’Homme de la région
est dans l’obligation de trouver une solution à son équation de survie,
laquelle solution passe par la mise à participation de l’environnement qui y
paye dès lors un lourd tribut.
La perte des superficies forestières sont
annuelles ( près de 1 500 ha en 2002 sur les 150 000 ha de la province), l’érosion due au
système de culture et d’absence d’ouvrage de protection ou de plantations
arboricoles est estimé à 3.500 Tonne/Km_/an de sol arable. Bien sûr tout un
cortège de dégât accompagne ces deux
phénomènes (perte de biodiversité, tarissement de sources, envasement
des barrages, chute de fertilité des sols..)
L’Homme est-il pour autant
blâmable?
Pour les uns non, car il
s’agit bien d’une économie de survie, où les considérations d’éthique ou
d’esthétique passent au second plan.
Conscient de cette
problématique, où pour sauver l’environnement il faut d’abord mettre en œuvre la mise à niveau sociale de l’Homme, les
pouvoirs publics ont monté un projet dit de DEVELOPPEMENT PARTICIPATIF DES
ZONES FORESTIERES ET PERIFORESTIERES DE LA PROVINCE DE CHEFCHAOUEN .
Le triptyque du projet est la
suivante:
1- Asseoir un nouveau modèle
de collaboration entre l’Etat et la population :
- mettre en commun les moyens
des uns et des autres,
- la population est la
première concernée par la protection de son environnement,
- les investissements sur les
terrains de l’Etat (la forêt) doivent être associés à d’autres sur les terrains
de la population ( le périforestier),
2- Mettre en avant la mise à niveau de la population :
- améliorer le revenu des
populations,
- permettre à la population
d’accéder aux infrastructures de base : pistes, eau potable, électricité,
santé, éducation,…
- proposer des alternatives à la culture du
cannabis,
3- Assurer la conservation et
la protection des ressources naturelles :
- Réduire les prélèvements en forêt,
- Stabiliser les superficies
forestières par la cessation des défrichements,
- Augmenter les superficies
boisées pour récupérer les pertes en forêts,
- Promouvoir le parc naturel
de Talassemtane,
- Inventorier et faire
connaître la biodiversité de la région,
Un budget de 375 millions de
Dirhams a été alloué à ce projet, dont près de 70% sous forme de don de la
Commission Européenne dans le cadre du programme MEDA, le Haut Commissariat aux
Eaux et Forêts et l’Agence Nationale pour la Promotion et le Développement des
provinces du Nord apportent 23%, alors que les populations contribuent à
hauteur de 7%.
Une fois le budget bouclé, le
projet a entamé sa collaboration avec la population de 200 douars de la région
(soit une population de 80 000 hab.), pour monter un dossier appelé Plan de
Développement Douar (PDD). Pour chaque douar, les équipes du projet et la
population élaborent ensemble un document faisant ressortir les atouts et les
contraintes du douar, et aboutissant à un plan d’investissements. Ce plan ne
serait financé qu’en partie par le projet, le douar pouvant solliciter le
financement à d’autres bailleurs de fonds (organismes étatiques, ONG,
Organismes internationaux,…).
De ces plans sont ressortis
tout un ensemble d’actions prises en charge par le projet, avec toujours une
contribution financière de la population.
Ainsi, il en a été de :
- 200 km de pistes rurales,
- 800 ha de petite et moyenne
hydraulique,
- 25 points d’eau,
- Une dizaine de constructions
de bâtiments scolaires, et d’autres pour la santé publique,
- Un centre féminin destiné à
un ensemble de douars,
- Un ensemble d’équipements
pour la trituration d’olives, séchage de fruits, apiculture, cuniculture,… pour
un montant de près de 10 millions de Dirhams, non comprise la contribution de
la population,
- Un programme complet de
développement de l’élevage caprin dans la région délégué à l’Association Nationale
Ovine et Caprine sous forme de contrat de service,
- Un programme, en plusieurs
étapes, de mise à la disposition des agriculteurs de la région des techniques
et des résultats de recherche de l’Institut National de la Recherche
Agronomique, également sous forme de contrat de service avec cet organisme,
- Un autre programme de
formation soit sur des techniques, soit sur les aspects juridiques et
administratifs à l’attention de paysans,
- Une action d’immatriculation des terrains privés, à la
charge de l’agence du Nord. Immatriculation qui vaut sécurisation foncière et
qualification des paysans à avoir accès à des moyens de financement qui leur
ont été fermés jusqu’alors,
- L’encouragement et
l’appui à la création de groupements de paysans, pouvant assurer à ces
derniers l’accès à des moyens de production ou de commercialisation plus
importants, et plus efficaces,….
- Financement de micro-projets ou d’actions de développement social menées
par les groupements et les associations,
- Et tout un ensemble d’études
réalisées pour être mises à la disposition de la population soit pour améliorer
les techniques de production, soit pour lui ouvrir de nouvelles opportunités de
production ou de commercialisation,
Tout ce panel d’actions devra
induire dans la région une dynamique économique dont le but est de contribuer à
faire sortir la population de son actuel isolement économique, et d’y insuffler
l’esprit de la mise à niveau sociale.
Parallèlement à cet effort de
qualification de la population à jouer son rôle de protecteur de son
environnement, le projet conduit des interventions purement environnementales:
- Reboisement de 2 700 ha de forêts,
- Régénération et restauration
de forêts : 100 ha,
- Protection de terrains de
l’érosion : 800 ha de Conservation des Eaux et des Sols.
- Protection de la forêt
contre les incendies : nettoiement de 65 km de tranchée pare feu et construction de cinq postes vigie,
- Réalisation des aménagements
forestiers de 56.000.ha, lesquels aménagements arrêtent
les programmes pluri-annuels de gestion et
d’investissements dans ces forêts,
Entre ces deux blocs : le
social et l’environnemental, un ou plusieurs points d’intersection seront crées
sorte de comité de gestion de massifs forestiers où la population et
l’administration sont représentés et où ils doivent œuvrer en commun à la
conduite de la stratégie de gestion du milieu naturel de la région,
En fait, le projet - pour
atteindre son objectif de protection de l’environnement de la région- a
identifié la seule voie qui pourra y mener celle de l’implication directe de la
population dans les mécanismes de cette protection. Toutefois, les besoins
immédiats et minimaux de la population devraient être satisfaits avant de lui
demander de s’investir dans des stratégies à plus ou moins long terme.
La mission n’est pas aisée,
tant les paramètres de mise en œuvre sont nombreux et foisonnants, mais le jeu
en vaut la chandelle, le pari est engagé depuis 2001.