Partenariat
entre la DPA Chefchaouen et l’ANOC
Dr Abdeslam CHRIQI, DPA Chefchaouen
La province de Chefchaouen
s’étend sur une superficie de 435 000 has. Sa population est d’environ
545 000 habitants dont 90% se trouve en milieu rural et la densité
avoisine 101 habitant au km², comptant parmi les plus élevées du pays. La SAU
est de 164 000 has alors que les forêts et les parcours s’étendent sur
250 000 has. Il s’agit d’une région montagneuse, caractérisée par des
conditions édapho-climatiques favorables au développement et à la
diversification de l’arboriculture fruitière et son caractère sylvo-pastoral
constituant une opportunité pour la promotion de l’élevage caprin.
En effet le cheptel caprin,
estimé à 227 000 têtes, joue un rôle primordial et constitue un levier de
développement avec des avantages concurrentiels conférant une meilleure
compétitivité de l’économie locale. Toutes fois ce sous-secteur continue de
souffrir d’un déficit technologique considérable imputable à l’analphabétisme
et à l’extrême pauvreté de la majorité des éleveurs de chèvres se traduisant
par un manque de professionnalisme.
Forte de son expérience en sa
qualité d’organisation professionnelle, l’ANOC s’est investie fortement dans la
province de Chefchaouen depuis 1992, pour promouvoir l’approche participative
et accompagner les éleveurs dans le processus de développement de l’élevage
caprin en partenariat avec les services concernés du ministère. Les efforts déployés
ont donné des résultats importants, malgré les contraintes liées au milieu et à
la concurrence des cultures illicites.
Ce partenariat avec le ministère
de l’agriculture a évolué et il a abouti à la concession par la direction de
l’élevage de la gestion de la fromagerie Ajbane Chefchaouen et celle du centre
technique d’élevage caprin de Bellota. Parallèlement la DPA a signé une
convention dans le cadre du projet de développement participatif des zones
forestières et périforestrières de la province de Chefchaouen ( Meda
Chefchaouen ), dans lequel la promotion du sous-secteur caprin figure parmi les
cinq composantes essentielles du projet.
Il s’agit de l’amélioration de la
productivité de l’élevage caprin par la mise en place d’un appui technique et
organisationnel aux éleveurs et l’appui à la valorisation des produits en
particulier par la production de fromage.
La présente convention sera
clôturée fin Juillet 2007, mais nous pouvons affirmer que les résultats obtenus
sont encourageants et peuvent se résumer en :
- La constitution de deux groupements d’éleveurs,
- La réalisation d’un programme
pédagogique ; particulièrement
la formation des éleveurs et fils d’éleveurs et la production d’un film
sur la conduite technique de l’élevage caprin.
- La réalisation des activités à caractère
technique ; se rapportant à la
vulgarisation de l’insémination artificielle en tant que moyen
d’amélioration génétique, également des essais de production de fourrage
et des essais d’engraissement…etc.
- La réalisation des activités à caractère
économique ; entre autres
l’organisation de la fromagerie Ajbane Chefchaouen, mise en place de
fromage affiné et également la réalisation d’une étude du marché de
fromage.
Il nous est permis d’avancer sans doute, que le partenariat avec l’ANOC
pour la promotion du sous-secteur
d’élevage dans la province, a été un choix stratégique procédant d’une logique
de mutualisation de moyens et de compétences assurant inéluctablement des
économies d’apprentissage, d’information et d’action. Au fond le traitement de
la problématique de l’élevage caprin dans la province reste tributaire du
pouvoir d’action sur deux axes
parallèles à savoir tout d’abord, l’extension du champ d’interventions au delà
de la zone périurbaine et la zone de Bellota ayant accaparé jusqu’il y’a
récemment tous les investissements des différentes structures d’encadrement. De
ce fait, l’élaboration d’une stratégie d’envergure s’est imposée pour toucher
la proportion la plus importante des élevages en l’occurrence l’extensif disposant
d’ailleurs de larges marges de progrès. A côte de cette prérogative d’extension
spatiale des interventions, figure bien évidement le deuxième volet de cette
stratégie relatif à la professionnalisation, amélioration des performances
technico-économiques et l’intégration de ce sous-secteur au marché national.
A cet égard, le partenariat initié depuis 1992 par les services
concernés du ministère et l’ANOC, a permis d’engranger des acquis non négligeables
ne serait ce que l’affirmation de la notoriété de la province dans les
productions caprines. C’est un atout majeur à mettre à profit dans le cadre de
ce partenariat au sein duquel doivent se matérialiser véritablement des
solutions participatives adaptées pour la mise en œuvre de cette stratégie de
développement territoriale de l’activité élevage caprin. En faisant le choix de
prolonger ce partenariat avec l’ANOC, le projet Meda – Chefchaouen s’est engagé
résolument à réunir toutes les conditions nécessaires pour contribuer à l’essor
de l’élevage caprin dans la province de chefchaouen à plus grande échelle en
s’adjugeant l’expérience d’un acteur clé en la matière :
- Il s’agit de
mettre à profit l’expérience de l’ANOC an matière d’organisation des
éleveurs, avantage majeur qu’on lui est reconnu même au niveau national
surtout à travers son action dans les zones d’élevage ovins dont les
externalités d’apprentissage et les expertises capitalisées peuvent être
transposées à l’activité de l’élevage caprin. D’autant plus que
l’organisation des éleveurs caprins dans la province constitue un élément
capital pour la promotion du secteur à plus grande échelle compte tenu que
les élevages dans la province reste très éparpillés avec un individualisme
dans la production très accentué engendrant des coûts d’approche très
élevé en terme d’encadrement et d’adhésion aux différents programmes de
développement. Par rapport à cet aspect, l’ANOC jouit d’une notoriété
incontestable en matière de représentation des éleveurs que ce soit au
niveau national ou local. C’est dire que l’association constitue en
réalité, une référence à laquelle les éleveurs peuvent, à travers une
démarche pédagogique, s’identifier et adhérer à l’ensemble de la démarche
d’intervention de l’ANOC.
- Les actions
menées par l’ANOC en faveur de développement de l’élevage caprin dans la
province depuis une quinzaine d’années lui ont permis, et à travers une
présence de proximité sur terrain d’animateurs spécialisés, de façonner
une démarche d’appui intériorisant et corrigeant le schéma d’intervention,
prévalu par le passé, et qui a cantonné les éleveurs dans un rôle passif
de consommateurs des aides extérieurs. Effectivement, et c’est un fait
salutaire, on assiste aujourd’hui à une nette tendance et une volonté
manifeste à prôner une approche d’intervention privilégiant un processus
vertueux de transfert de pouvoirs de décision vers les éleveurs, de
manière à leur procurer un statut de vrais interlocuteurs participant
activement à la formulation et au formatage de programmes d’actions.
L’objectif recherché in fine, est de créer des groupements d’éleveurs
viables aptes à se prendre en charge, à s’auto promouvoir, à percevoir
rationnellement la valeur de l’utilité marginale de l’engagement des
investissements propres dans leurs élevages et enfin à réagir
convenablement aux signaux du marché et opportunités économiques offertes.
Au demeurant, c’est tout le schéma d’appui technico-économique classique
qui doit être revu du fond en comble. Concrètement, il s’agit d’adopter de
nouvelles approches de vulgarisation de techniques à même d’en assurer une
forte chance d’appropriation et d’intégration à l’ensemble du système de
production des exploitations.
- Du constat
fait aujourd’hui du processus de vulgarisation adopté par l’ANOC, il en
ressort que cette démarche a gagné de maturité dans la mesure où elle
commence relativement, à transcender le schéma classique du processus de
transferts de paquets technologiques, qui a d’ailleurs montré ses limites
en terme des taux d’adoptions obtenus des techniques vulgarisées.
Désormais l’accent est mis sur une démarche d’apprentissage par action –
learning by doing – à travers surtout des expérimentations conduites par
les éleveurs eux-mêmes. Cette approche, rompant surtout avec les formules
du genre formations théoriques et sensibilisations sans suite en terme
d’adoption, doit prendre plus d’ampleur. Les résultats sont prometteurs
autant qu’elle permet d’une part, la réadaptation des techniques
introduites en fonction des conditions spécifiques aux exploitations.
D’autre part, elle facilite l’expérimentation et la perception réelle des
éleveurs de la valeur additionnelle d’adoption des techniques et conseils
prodigués. Ainsi, il s’agit tout d’abord sur le plan technico-économique de
constater le différentiel de productivités en entreprenant des
investissements propres dans l’utilisation d’une grappe de bonnes
pratiques de conduite. Aussi, sur le plan organisationnel, que les
éleveurs perçoivent d’une manière palpable les attributs bénéfiques de
s’organiser et de se positionner collectivement par rapport à leur
environnement, et qui doivent se manifester concrètement par un gain
nettement perceptible du pouvoir de négociation et de la représentation de
leurs intérêts. A titre indicatif, l’expérimentation de cette approche
dans le cadre du partenariat Projet Meda – ANOC , quoiqu’elle en est qu’un
début, laisse présager à terme des résultats prometteurs et
encourageants.
- Les
animateurs de l’ANOC, forts de leurs expériences avec les groupements
récemment crées, l’effet d’entraînement de la fromagerie Ajbane-
Chefchaouen et les actions entreprises par la station bellota dans le
milieu des éleveurs, ont développé un réseau relationnel non négligeable
au sein de la communauté des éleveurs caprins. C’est un élément fort à
l’actif de l’ANOC, qui contribuera certainement à asseoir une assise de
confiance vis-à-vis des éleveurs. Il n’en demeure pas moins, que
l’instauration de cette confiance passe inéluctablement par un transfert
intransigeant des moyens techniques et organisationnels aux éleveurs, et
la reconnaissance de ces derniers en tant qu’un acteur principal à part
entier à prendre en ligne de compte dans la planification participative et
la mise en œuvre des actions requises.
- Le partenariat
ANOC – DPA intègre une vision et une perception commune de la
problématique de développement de l’élevage caprin dans la province. Une
concertation a toujours été de mise entre les deux partenaires à
l’occasion de la formulation des actions et au montage de programmes de
développement. A moyen terme, tout porte à croire qu’il est très
judicieux, d’élargir ce partenariat pour en faire un véritable cadre de
concertation entre tous les intervenants que ce soit étatique ou autres.
La finalité en est de converger les approches d’intervention, d’assurer la
complémentarité des actions dans le temps et dans l’espace et l’allocation
efficiente des ressources disponibles.
De toutes ces considérations, le renforcement du partenariat ANOC –
services concernés du ministère, ne peut être que fructueux pour le
développement de l’élevage caprin dans la province, encore faut – il que le cap
doit être maintenu sur la structuration de groupements d’éleveurs viables et
autonomes à terme. Au demeurant l’adhésion des éleveurs à cette association a
un préalable incontournable d’instauration d’une confiance réciproque
permettant de surmonter les difficultés de ce sous-secteur. En clair, il s’agit
surtout en priorité d’initier une approche pédagogique multipliant les signaux
d’une reconnaissance du rôle central des éleveurs dans la prise de décision.
Aussi, elle doit offrir un cadre propice d’expérimentation et d’apprentissage,
gage d’une appropriation réelle des techniques d’amélioration de la conduite et
de la valorisation et plus d’intégration à l’aval de la filière.