Terre et Vie , 21, Mars 1996

 

Elements de refléxion sur le transfert de technologie (87)

Maria AMINE (Chef de Division de la Vulgarisation Agricole -Direction de l'Enseignement, de la Recherche et du Développement )

 

Sujet d'achoppement et de frictions, le transfert de technologie a de tout temps été au centre des débats Nord-Sud. Ci-après quelques reflexions sur ce thème dont l'axee principal se focalise autour des idées essentielles de concertation et de dialogue seules à même de promouvoir les échanges dans ce domaine

A/ Rappel des atouts et acquis de la région Saïs - Zäers

en matière de transfert de technologie dans le secteur fourrager

 

1/- Marché potentiel

 

Autant que consommation intermédiaire, les productions fourragères sont tributaires du marché des productions animales. Même, si la consommation per capita aussi bien pour le lait que pour les viandes demeure relativement faible, l'accroissement démographique génère une demande tendancielle sans cesse croissante. Il est à rappeler à ce propos quelques indicateurs du marché des viandes et du lait à l'horizon 2020:

Les viandes rouges :

Demande tendancielle passerait de 325 mille tonnes en 1990 à 512 mille tonnes en 2020, soit un accroissement de 157%.

Lait et dérivés:

La production passerait de 826 mille tonnes en 1990 à 1940 mille tonnes en 2020, soit 225%. Si on considère les besoins nutritionnels, la demande doit augmenter de 430%.

2/- Environnement économique favorable

La région de Saïs - Zäers dispose d'un marché urbain et périurbain très important (villes de Fès, Meknès, Khémisset). Elle dispose d'une infrastructure de collecte et de conditionnement importante (usines laitières de Meknès et Fès).

3/- Conditions agro-écologiques

Sur le plan édapho-climatique, la région offre un grand potentiel de production fourragère. Plusieurs cultures y sont pratiquées avec succès. Les mélanges fourragers à base d'avoine et de vesce occupent une part importante de la sole fourragère. D'autres cultures comme la betterave fourragère, le bersim, la luzerne, le maïs fourrager, et le Medicago sont bien adaptées et présentent un acquis pour la diversification et l'intensification des systèmes fourragers de la région.

Dans le plan fourrager à l'horizon 2000, il est indiqué que 60% de l'offre fourragère de la zone bour doit provenir de la région de Saïs - Zäers.

L'extension de la petite et moyenne hydraulique dans le cadre du plan national de l'irrigation offrirait par ailleurs de nouvelles possibilités pour l'extension et l'intensification de la production fourragère dans la région.

4/ - Rentabilité certaine des cultures fourragères

L'analyse de l'économie fourragère dans la région de Saïs - Zäers a montré l'intérêt certain de la pratique des cultures fourragères relativement à l'alternative des aliments achetés, ou même eu égard à la pratique de certaines cultures céréalières.

La dérégulation de la filière céréalière serait sans nul doute à l'avantage des productions animales et par conséquent à celui des cultures fourragères.

5/- Environnement institutionnel disponible

La zone de Saïs - Zäers dispose d'un ensemble d'institutions de recherche, de formation et de développement constituant un atout certain pour la génération et le transfert des technologies en matière de production fourragère:

- Ecole Nationale de l'Agriculture de Meknès: Recherche et Formation.

- Centre de la Recherche Agronomique du Sais Moyen Atlas: Recherche.

- Sept directions provinciales de l'agriculture avec des Centres de Travaux constituant des pôles de transfert de technologie et de mise en place de tous les programmes et politiques afférents à ce secteur.

- L'Institut Technique Horticole et l'ITA de Bouderbala: contribuent à la formation de jeunes ruraux et de techniciens.

6/- Profession organisée pour l'encadrement

La région dispose par ailleurs d'une profession organisée (Chambres d'Agriculture, ANOC, ANEB, etc...). Une meilleure synergie entre l'ensemble des institutions et de la profession redonnerait un nouvel élan à ce secteur.

B/- Principes directeurs d'une stratégie de Transfert de Technologie

La zone de Saïs - Zäers dispose donc d'un ensemble d'atouts et d'acquis sur le plan du marché, des institutions, de l'organisation professionnelle et celui des potentialités agro-écologiques, ce qui constitue un environnement favorable à la mise en place des activités de transfert de technologie. Le succès de telle activité reste toutefois tributaire de la stratégie adoptée en la matière.

Celle-ci doit être conçue en fonction des caractéristiques précitées et des attentes des groupes cibles. On ne peut donc parler d'une stratégie, mais de stratégies de transfert de technologie qui sont basées sur les principes suivants:

1/- Implication et participation des groupes cibles aux activités de transfert de technologie

L'adoption et l'adhésion à toute nouvelle technologie ne peut avoir lieu s'il n'y a pas un intérêt suscité par l'utilisateur et sa participation à la formulation et l'identification du besoin et la mise en uvre du programme arrêté. La concertation et la participation des concernés à toutes les étapes et les opérations est inéluctable pour le succès du programme.

2/- Développement d'une connaissance précise sur les groupes ciblés par les activités de transfert de technologie

Les activités de transfert de technologie doivent être basées sur une connaissance précise des groupes cibles, ceci suppose une identification des systèmes animaux de la région, du système alimentaire et de la place des productions fourragères dans le modèle de production des exploitations visées.

3/- Localisation des programmes

Même si une certaine homogénéité apparente semble caractériser la région, des différences existent dans les systèmes de production dont il faut tenir compte dans la programmation et l'élaboration des messages.

Il faut donc éviter les visions globales et définir les approches et les programmes avec les opérateurs locaux.

4/- Développement d'une synergie entre les différents partenaires

Il s'agit de créer des mécanismes et des cadres de concertation entre les différents opérateurs et de renforcer le dialogue triangulaire, chercheur - vulgarisateur - agriculteur.

5/- Mise en place d'un dispositif simple et dynamique de suivi - évaluation

Les activités de transfert de technologie doivent s'inscrire dans une dynamique qui répond aux fluctuations et aux aléas de l'environnement agro-économique.

Des indicateurs pertinents et simples sont à définir afin d'évaluer d'une manière permanente les réalisations et leur impact.

Source:INRA:La production fourragère dans la zone Saïs - Zaer - Rabat - Décembre 1995Source:INRA:La production fourragère dans la zone Saïs - Zaer - Rabat - Décembre 1995